Depuis la 1ère conférence des Nations Unies sur les Changements Climatiques, qui remonte à 1979 à Genève, les pays du monde ont fait preuve de volonté d’agir collectivement qui s’est traduite, à travers les années, par différents accords qui visent à atténuer les effets du changement climatique.La 21ème Conférence des Nations Unies sur les Changements Climatiques (COP21), présidée et accueillie par la France, vient couronner les efforts mondiaux de lutte contre l’émission des gaz à effet de serre, la désertification et la perte de biodiversité végétale. Lors de cet événement, les délégués des 195 pays-parties à la Convention-Cadre des Nations Unis sur les Changements Climatiques vont voter sur le texte du nouvel accord universel sur le climat.

Bien que le Maroc ne participe que de 0.01% à la production mondiale de carbone, il est affecté directement par les impacts du changement climatique et de la désertification. En effet, le Maroc, étant un pays à vocation agricole, est très soucieux des changements climatiques aussi bien que l’expansion alarmante des déserts. Ce souci s’est traduit à travers son organisation de la COP 22 qui sera tenue à Marrakech en 2016. Cette dernière devrait être une « conférence de l’action » où les décisions de la COP 21 actuelle seront renforcées.

Contrairement au réchauffement climatique qui reste un phénomène récent, la désertification et la perte de biodiversité existaient depuis des siècles. Cependant, l’interconnexion existante entre le réchauffement climatique, la désertification et la perte de biodiversité rend nécessaire la mise en œuvre d’une analyse conjointe de ces phénomènes. Mais, quel lien existe-t-il entre la désertification, le réchauffement de la planète et la perte de biodiversité ?

La désertification est liée à la perte de biodiversité et contribue au changement climatique en diminuant la capacité du sol à la séquestration du carbone. La séquestration du carbone représente le captage et stockage du carbone de l’atmosphère dans des puits de carbone (comme les océans, les forêts et les sols) par le biais de processus physiques et biologiques tels que la photosynthèse. En effet, les sols des zones sèches contiennent 25% de toutes les réserves mondiales de carbone organique ainsi que presque la totalité du carbone inorganique. Une grande partie de ce carbone est, hélas, libérée par la désertification dans l’atmosphère ; 300 millions de tonnes est relâchées chaque année par les zones sèches, contribuant ainsi à 4% des émissions mondiales de carbone.

Dans les zones sèches, la diversité biologique est impliquée dans la bonne marche des écosystèmes. En effet, les divers types de végétation contribuent à la préservation des sols et la régularisation des infiltrations et des ruissellements. Par ailleurs, les communautés de micro-décomposeurs et de macro-décomposeurs agissent sur les éléments de litière physico-chimiques produits par les espèces végétales pour contribuer à l’enrichissement du sol. Dès lors, il est évident que la biodiversité régularise le climat de la planète. Aussi la perturbation des services interconnectés offerts par la biodiversité déclenche-t-elle la désertification dans les zones sèches. Cette dernière, à son tour, affecte le réchauffement planétaire à travers l’érosion des sols et la disparition de la flore.

Dans une autre perspective, le changement climatique est un facteur de l’accélération de la désertification et de ses effets néfastes sur les systèmes écologiques. Il est vrai que les augmentations de la température due à l’effet de serre mènent à l’accentuation des précipitations moyennes, mais celles-ci diminuent dans certaines zones notamment celles sèches. Cependant, l’effet de la désertification atteint les zones à précipitation élevée à savoir les zones montagneuses.  Les forêts au Maroc subissent une déforestation extensive qui se manifeste à travers une perte annuelle de 30 000 ha de forêts. Dans les régions montagneuses au Maroc, à savoir l’Atlas et le Rif, la désertification accentue les problèmes existants de la qualité médiocre des sols dans ces régions. Il est important de souligner que le rythme rapide de déforestation a causé l’érosion dans les montagnes de l’Atlas et du Rif à atteindre des niveaux parmi les plus élevés au monde.

Les problèmes majeurs qui se manifestent au niveau des zones montagneuses est le déboisement excessif et le pâturage incontrôlé. Au cours des années, ces pratiques ont diminué considérablement les stocks de bois de chauffage. Par ailleurs, l’érosion rend plus lente la croissance des herbes, causant ainsi, une baisse de la productivité agricole. L’étendue des problématiques causées par la désertification ne s’arrête pas là. La désertification dans les zones montagneuses augmente la fréquence des inondations. En guise d’explication, les sols sans végétation sont plus susceptibles à la saturation contrairement aux sols couverts. Dès lors, les inondations occurrent plus fréquemment dans les zones cibles de déboisement. Toute modification mineure du climat affecte gravement la population dont les activités économiques dépendent des ressources naturelles.

Il s’avère, ainsi, que les impacts de la désertification et du changement climatique sur les milieux physique et humain deviennent de plus en plus évidents. Pourtant, le Maroc est très en retard quant aux mesures visant à contrer l’effet de la désertification et du changement climatique. En effet, il ne suffit pas à l’Etat de compter sur les efforts de sensibilisation contre l’abus du bois des forêts par le pâturage excessif et le déboisement. L’Etat doit s’engager plus fermement à protéger les écosystèmes dans les zones montagneuses et les zones sèches. Il convient, donc, de conclure qu’il faut investir dans des écosystèmes naturels qui peuvent réduire les impacts du changement climatique. Sans actions collectives, les intérêts privés à court terme continueront à accroitre la désertification et menacer la viabilité du Maroc à long terme.

L’impact du réchauffement climatique sur la désertification est complexe et difficile à cerner. A cause de la complexité et l’inter connectivité du changement climatique, la perte de biodiversité et la désertification, une mise en œuvre conjointe de la CCD, de la Convention sur la diversité biologique et de la Convention cadre sur le changement climatique peut présenter de nombreux avantages. Ces phénomènes ne devraient plus être considérés indépendamment les uns des autres. Une mise en œuvre conjointe des mesures préventives et curatives ainsi qu’un renforcement accru des collaborations actuelles, peuvent augmenter les synergies et l’efficacité des interventions.

Aujourd’hui, nous accueillons la COP22 avec beaucoup d’attention et d’attentes. Le Maroc s’est lancé dans une politique énergétique prometteuse qui devrait réduire son émission de gaz à effets de serre considérablement. Cependant, les statistiques actuelles de destruction du couvert végétal sont alarmantes. D’autres part, le Maroc, étant un pays agricole, se trouve très affecté par les changements du climat. Celles-ci mettent en risque l’activité économique principale du pays. Il est évident que les tentatives de réhabilitation de régions désertifiées sont coûteuses et tendent à déboucher sur des résultats limités. De ce fait, des mesures préventives immédiates devraient être adoptées pour limiter les impacts de la désertification et même les inverser.

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