En course folle contre la montre, assaillis par les responsabilités personnelles, professionnelles et par les contretemps de la vie active moderne, le simple citoyen contemporain et bien ancré dans son époque fait forcément quelques entorses en matière de nutrition saine et équilibrée. Il n’en est toutefois pas excusé pour autant. Maintenant si tous les simples citoyens (contemporains, même ceux pas très bien ancrés dans leur époque)  se voyaient assujettis et à leur insu à des risques graves de maladies incurables à cause de leurs consommations alimentaires:  Ceci provoquerait incontestablement des tollés généraux, surtout suite aux nombreux épisodes à scandales dans le secteur agroalimentaire (les résidus d’hormones dans les produits carnés, les veaux nourris aux hormones, la dioxine chez le poulet, la listeria dans les fromages, les farines animales…).

Aujourd’hui, le simple citoyen contemporain et bien ancré dans son époque est passé du statut de « con-sommateur » à celui du consommateur aguerri et désireux de savoir ce qu’on lui sert vraiment dans les emballages futuristes des produits.

Plusieurs se questionnent sur l’origine des matières premières, sur le secret d’une qualité de plus en plus compétitive et assez bon marché des produits? Respecte-t-on le bien-être animal ? Utilise-t-on des additifs pour booster les performances zootechniques des animaux ? Existe-t-il des lois pour superviser et réglementer l’utilisation (excessive) de ces additifs ? Ces additifs présenteraient-ils un quelconque risque sur la santé humaine ?

Je ne ménagerai pas tant que ça le suspens : Oui ! De nos jours aucun aliment destiné à la nutrition animale n’est exempt d’additifs. Mais pas de panique, un scolaire envol de l’étable à la table s’impose pour démystifier voire dé-diaboliser l’indéniable utilisation d’additifs alimentaires en productions animales.

TOUT D’ABORD : LEVONS LES AMBIGUÏTÉS ET BRISONS LES TABOUS !

Un additif alimentaire est « toute substance habituellement non consommée comme aliment… ou non utilisée comme ingrédient qui… a  une valeur nutritive ou pas,…  et dont l’adjonction intentionnelle aux denrées alimentaires,…  fait … qu’elle devient un composant de ces denrées alimentaires… » ; ONSSA, 2009.

Les additifs sont susceptibles d’influencer les aliments et leur utilisation. Ils sont différents des médicaments, qui sont contraints à une distribution instantanée au risque de péremption et sont soumis à une prescription vétérinaire.

Les additifs serviraient, entre autres, à relever le goût des aliments (« augmenter la palatabilité » ; brève initiation au jargon de la zootechnie), à aider la digestion de certains nutriments moyennant des enzymes comme la phythase, l’hémicellulase absents chez la volaille. Ils serviraient, en outre, à stabiliser la flore intestinale des animaux, protéger les matières premières notamment les huiles contre l’oxydation, à améliorer la tenue des granulés…

L’utilisation des additifs en alimentation animale, ne date pas d’hier. Plusieurs facteurs l’ont rendue partie intégrante des processus de fabrication. A tel point que plusieurs industriels se spécialisent dans le secteur des prémix, compléments alimentaires et nutrition animale, et dégagent des bénéfices colossaux.

PETIT BOND DANS L’HISTOIRE !

Dans les années 60, aux Pays-Bas*, les élevages hors sol de volaille et porcins pullulaient comme des champignons, engendrant d’irréversibles impacts sur l’environnement (pollution des nappes phréatiques avec l’urée, de l’air avec l’ammoniac…). Les pouvoirs intervinrent pour freiner cette intensification. Or la demande du marché allait en s’accroissant, du fait de l’urbanisation, contre une surface agricole utile (SAU) et un nombre de travailleurs qui suivaient la tendance inverse. Les fourrages venaient à manquer vu la baisse de la rentabilité des prairies. L’alternative plausible, pratique et peu onéreuse était l’utilisation des hormones (en 1973, toujours aux Pays-Bas). La plus démocratisée était la diethylstilbestrol (DES) ; hormone sexuelle  dont le principal but était d’accroître la production de l’animal (lait, viande, laine…) ou modifier sa composition globale, et en deuxième lieu pour curer la stérilité des animaux.

D’autres substances comme les anabolisants (testostérone, oestradiole, progestérone), les hormones stéroïdiennes, les béta-agonistes et analogues de l’adrénaline (qui demeurent les plus dangereux) et les hormones de croissance hypophysaires (somatotropine) s’additionnent à la DES.

Les hormones avaient un effet de potion magique sur les animaux, et leurs vertus étaient innombrables. Les animaux étaient plus vigoureux et tombaient rarement malades (surtout que les risques pathologiques sont fréquents en élevage intensif malgré les mesures de biosécurité les plus drastiques), les périodes d’engraissement se réduisaient, l’efficacité alimentaire s’améliorait, les indices de consommation étaient au plus bas ( les animaux consommaient moins et produisaient plus), la viande était de meilleure qualité ( viande moins grasse ; viande maigre…), les coûts de production baissaient et les prix d’achat aussi.

Tout paraissait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… Jusqu’au jour où des résidus de DES sont retrouvés dans les pots de bébés contenant de la viande de veau…

En attendant la suite, adonnez-vous aux plaisirs carnassiers. Savourez pleinement et passionnément un bon steak bourré d’hormones, saignant ou à point, sans modération… Vous ne risquez pas de péricliter votre santé. Parole d’une zootechnicienne (à venir)….


(*): utilisé à titre d’exemple, car les chiffres sont exhaustifs et les dates disponibles. Mais ce fut le cas de plusieurs autres pays d’Europe de l’Ouest ( Belgique, Suisse…) et de pays d’Amérique du Nord

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Ingénieure agronome de formation, spécialisée en biotechnologies et productions animales. J’ai, juste après, fait un léger twist sur l’agroalimentaire en me formant sur la gestion de crises sanitaires dans les entreprises. Les thématiques de sécurité alimentaire et de développement durable incombent à la responsabilité de chacun et me tiennent particulièrement à cœur. J’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes (sans lui faire de mal, sans violence) et de découvrir le cœur du marché de l’agroalimentaire : La distribution ! C’est aussi le premier acteur qui peut avoir un impact fort sur toute la chaîne de valeur... La voie royale pour pouvoir réaliser ça : The Business School !!! Mais The Business school à ma sauce… J’apprends de nouvelles choses dans l’excellence et la flexibilité tout ce qui peut « nourrir » mon âme d’artiste, parce que…. Je suis passionnée d’écriture, d’alimentation et de satire sociale. Un hétéroclite mélange qui devrait faire bon ménage dans mes écrits.

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