Faites- moi une confidence : Combien d’étiquettes de pots de bébés avez-vous toisé afin de vérifier si parmi la liste des composants viendraient se ranger incognito quelques résidus de diethylstilbestrol (DES) ? Combien de steaks de viande hachée (bourrés d’hormones s’entend !) avez-vous ingurgité en vous rongeant les sangs à propos d’une hypothétique consommation de DES dans votre jeunesse ?

Cf. : article précédent

QU’EST CE QUE LA DIETHYLSTILBESTROL (DES) ?

La diethylstilbestrol (DES) est  une hormone synthétisée qui était à la base prescrite pour les femmes dans les années 1940 subissant des avortements spontanés et répétés.

La DES prédisposerait les petites filles à des mal formations génitales et augmenterait les risques d’atteinte du cancer de l’utérus. Chez l’homme elle serait responsable de nombreux cas de stérilité (moins visibles que chez la femme) causés par des kystes de l’épididyme ou encore des malformations de l’urètre. La DES serait génotoxique car ses effets délétères et irréversibles sur la descendance constituent un problème de santé publique.

Son utilisation chez l’homme ainsi que sous toute autre forme (en alimentation animale entre autres)  fut interdite en 1977 aux Pays-Bas. Quelques années plus tard (1981), la France s’aligne aux coté des Pays-Bas  quant à l’interdiction de l’emploi de cette même hormone synthétique.

1977 : SITUATION ECONOMIQUE DES PRODUITS D’ORIGINE ANIMALE

Les éleveurs européens voyant leurs niveaux de productions dégringoler, engagèrent des négociations à l’amiable avec les associations des consommateurs dont les intérêts étaient antagonistes.

En même temps, les étales des marchés européens croulaient sous les produits provenant des Etats-Unis et du Canada. Lesquels pays n’appliquaient pas la loi interdisant l’utilisation de la DES.  Mangeant à tous les râteliers, ils exposaient une marchandise défiant toute compétition, énorme pied-de-nez aux éleveurs locaux.

Cette histoire ne tardait pas à faire tache d’huile auprès des producteurs belligérants. Le bras de fer déjà entamé entre ceux-ci et « la pléiade des homo économicus »                         (alias ex- « con-sommateurs») persistait et s’envenimait.

En Europe, L’ambiance était quand même  à l’optimisme, on nourrissait la velléité qu’un possible accommodement entre les deux parties adversaires aboutirait. Que nenni ma foi !

Le cours des produits carnés était au bout du gouffre et risquait d’imploser compromettant la stabilité de l’économie ainsi que la sécurité alimentaire mondiale. C’est à ce dessein que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS)  et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)  instaurèrent, en 1963, le Codex Alimentarus (non ce n’est pas un sort qu’on apprendrait à Poudlard, mais c’est tout aussi efficace !). Le principal but de cette organisation est de protéger la santé du consommateur sans piétiner les enjeux économiques des productions animales entre autres. Il élaborerait les lignes directives, les normes alimentaires et mettrait en place les législations. De ce fait, tous les producteurs de la planète sont remis au même pied d’égalité.

Concernant la tant controversée affaire des hormones administrées aux animaux, le Codex Alimentarus tranchait. Des doses journalières admissibles (DJA) étaient fixées, celles-ci ne risqueraient pas de mettre en péril la santé humaine.

Par exemple, pour un veau la DJA concernant la testostérone est de 200 mg et de 20 mg pour l’oestradiole, strict minimum afin de réaliser un assez bon rendement en viande.

A ce rythme, L’Homme devrait consommer plusieurs centaines de kilogrammes de viandes pour ingérer l’équivalent d’un comprimé contraceptif, ou encore 1 tonne de viande par jour durant toute sa vie pour que les changements hormonaux s’opèrent ou que le risque soit palpable.

Le risque n’étant pas scientifiquement prouvé, la seule contrainte qui justifierait l’inclusion des hormones dans l’alimentation animale découlerait de la maximisation du profit économique en premier lieu et zootechnique en seconde position.

DES DECISIONS CONTEXTUALISEES ET JUSTIFIEES

Campés sur leurs positions, les européens maintiennent le statu quo concernant les hormones en productions animales, malgré les recommandations du Codex Alimentarus et les réitérations des doléances des éleveurs.  Est-ce un soubresaut d’honneur bafoué ?  Niet !

Les européens privilégient les produits alimentaires qu’ils qualifient d’authentiques (dont les goûts, couleurs et textures  ne sont pas très différents des produits « naturellement » élaborés), ils consommeraient vins, spiritueux, chocolats, tout ce qui a trait à la convivialité et le luxe.  L’hygiène de vie, le savoir-manger sont des composantes fortes et inhérentes à leurs cultures, ils influenceraient leurs habitudes de consommation. En effet, les européens sont moins enclins à desserrer les cordons de leurs bourses pour des aliments dont les procédés de fabrications seraient tronqués (Hormones, Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) en parlant de sélection variétales des céréales consommées par les animaux).  Leur intérêt augmenterait crescendo ces dernières années pour les produits écologiques surtout quand les discours alarmistes sévissent dans les médias afin de protéger l’environnement, ou encore d’assurer un certain bien être à l’animal.

Aux antipodes des européens : Les Etats-Unis.  Pas mégalomanes pour autant, les citoyens font peu de place au partage et à la jovialité, l’alimentation est perçue comme une nécessité. Malgré les taux d’obésités élevés, les américains ne se soucient guère  des quantités consommés. Leurs repas sont pris à l’extérieur, la majeure partie du temps. Ils opteraient ainsi pour les produits pratiques, fonctionnels et rassasiants. Pas étonnant que ce thème ne figure pas au summum de leurs préoccupations, et l’utilisation d’hormones ne semble déranger personne au-delà de l’atlantique.

Nous sommes confrontés à deux schémas de consommation contraires, deux économies différentes et les décisions prennent tout leur sens de là où elles émanent.

ET CHEZ NOUS…

Qu’en est-il de la situation au Maroc ? Avons-nous daigné choisir une identité dans notre façon de consommer ?  (Avons- nous daigné choisir une identité tout court !)  Avons- nous préservé notre mode de consommation ancestrale mais au combien raisonné ? Ou l’avons-nous classé dans les reliques du passé car le joug de la mondialisation et du développement rode autour de nous ?  Avons-nous conservé nos modes de productions animales, végétales ?  Y a-t-on injecté des shoots de modernité, pour booster nos chiffres, nous : pays à vocation agricole ? Mais aussi instruits que nous sommes (2 minutes de lecture/marocain/an) nous pensons bien faire en condamnant l’utilisation d’additifs en alimentation animale? Avons-nous atteint l’autosuffisance concernant les produits d’origine animale ? Sommes nous en mesure d’émettre un jugement quand les médias aliénants nous servent du « prêt-à-penser »  parce qu’ils sont champions en propagande, ou parce que nous n’avons pas accès à l’information, ou que ne nous le voulons simplement pas  (n’incriminons personne !).

Aujourd’hui notre pays est toujours dans le besoin de produire pour combler la demande nationale, nos importations en matière de denrées alimentaires d’origine animale sont au plus haut et nous ne produisons pas assez pour nourrir tout ce beau monde. Les additifs alimentaires en productions animales existent et subsisteront bien après, ils ne sont pas dangereux pour la santé, pas de panique  on nous surveille à coûts de textes législatifs. Nos animaux ne sont pas montés aux hormones : loin de là. Le coût de revient des rations incluant les hormones est exorbitant. Cependant bien d’autres additifs (colorants, émulsifiants, anti-mottant, conservateurs…) constituent les aliments destinés aux animaux et améliorerait le rendement de leurs produit.

Donc on arrête de se faire violence, on sort ce gros doigt de notre bouche : On n’essaye plus de rendre tripes et boyaux, parce qu’on s’est goinfré quotidiennement, cette semaine en attendant la suite de l’histoire d’hormones dans les compotes pour bébés ; petits péchés mignons des citoyens contemporains et bien ancrés dans leur époque. Puis on se sert une autre tranche de steak tendre ou bien saignant !

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Ingénieure agronome de formation, spécialisée en biotechnologies et productions animales. J’ai, juste après, fait un léger twist sur l’agroalimentaire en me formant sur la gestion de crises sanitaires dans les entreprises. Les thématiques de sécurité alimentaire et de développement durable incombent à la responsabilité de chacun et me tiennent particulièrement à cœur. J’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes (sans lui faire de mal, sans violence) et de découvrir le cœur du marché de l’agroalimentaire : La distribution ! C’est aussi le premier acteur qui peut avoir un impact fort sur toute la chaîne de valeur... La voie royale pour pouvoir réaliser ça : The Business School !!! Mais The Business school à ma sauce… J’apprends de nouvelles choses dans l’excellence et la flexibilité tout ce qui peut « nourrir » mon âme d’artiste, parce que…. Je suis passionnée d’écriture, d’alimentation et de satire sociale. Un hétéroclite mélange qui devrait faire bon ménage dans mes écrits.

2 COMMENTAIRES

  1. Toujours aussi brillante charmante Sara. j’ai pas encore lu l’article mais rien qu’en voyant que tu es l’auteur je suppose que ça doit être intéressant ..
    AK7

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