La justice environnementale : équité, reconnaissance et participation

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Les mouvements et organisations s’apparentant le concept de justice environnementale apparaissent souvent dans les sociétés fortement inégalitaires, venant ainsi pour dénoncer les situations d’accaparement des ressources naturelles et les formes de discrimination et d’exclusion socio-économique. L’émergence de ces mouvements qui date des années 1980s a engendré une vague d’activités de recherches reconnaissant et prenant conscience de l’irrégularité dans la répartition des coûts et bénéfices environnementaux.

Le courant de pensée alimentant ces mouvements revendique une remise en cause des liens perturbant le fonctionnement de la biosphère et les sociétés qui y’vivent. Néanmoins, malgré une littérature riche et abondante sur le concept, peu d’attention a été accordée au terme ‘justice‘ de justice environnementale, et que faire référence à l’équité ou à la distribution des biens et maux de l’environnement serait selon une définition incomplète et trompeuse du concept. En effet, lorsque par exemple Rawls en critiquant la doctrine d’utilitarisme et son indifférence à l’inégalité, il propose la théorie de la ‘’justice as fairness’’ alliant liberté et égalité au sein d’une société juste et ayant pour objet et pour rôle d’attribuer à chacun ce qui lui revient de droit. Cette conception de la justice distributive, qui certes fondamentale, a tout de même reçu des critiques. Comme  c’est le cas de Young qui note que le paradigme de justice distributive obscure le contexte institutionnel lorsqu’il assume implicitement que le jugement social est sur ce qu’un individu possède comme bien statique, et combien par rapport aux autres, ignorant ainsi la réflexion sur ce que les individus font de ce qu’ils possèdent et par rapport à quelles règles institutionnelles.

La justice environnementale doit donc être localement fondée, théoriquement large et plurielle en superposant au concept de distribution celui de reconnaissance et de participation, trois thématiques souvent prises séparément. Le manque de reconnaissance des diversités, mais aussi des particularités, des représentations et des problèmes des communautés locales dans les décisions environnementales est une forme d’injustice non seulement parce qu’elle contraint et opprime les individus, mais aussi parce qu’elle est l’assise de l’injustice distributive. La justice dans la reconnaissance et dans la distribution est un prérequis et aucune des deux n’est suffisante à elle seule. Le manque de reconnaissance induit ainsi inéluctablement la non-participation et la non-confrontation entre acteurs lorsque les pouvoirs de décision sont détenus par les quelques acteurs en position autoritaire. En effet, il est bien évident que l’acceptation de la position et l’accompagnement des populations locales à ‘confesser’ leur comportement avec l’environnement pourraient donner une meilleure compréhension du fond des problèmes environnementaux pour mieux les traiter. Mais si elles se sentent écartées et n’ont pas été informées des processus de prise des décisions, elles feront de sorte de saboter les règles imposées qui jugeraient inadaptées.

La dimension procédurale de la théorie contemporaine de la justice est une justice qui fait appel aux problématiques de l’accès à l’information et aux ressources financières. Toutefois, il se trouve aussi que le défaut dans la participation a été souvent synchrone d’un renforcement des inégalités sociales et d’une réduction de redistribution de ressources. Ces inégalités peuvent rendre la participation utopique lorsque les biens environnementaux des uns produisent des maux pour d’autres. Par exemple les utilisateurs ‘miniers’ des ressources naturelles ne peuvent démarcher pour permettre un débat sur la problématique de surexploitation et les inégalités afférentes. Par ce fait, le principe fondamental de la justice procédurale réside dans le fait que la distribution finale des ressources est plus susceptible d’être acceptée si la manière dont la décision a été prise est jugée juste et équitable par tous les participants. Des chercheurs ont montré que dans un processus de participation publique, les individus sont prêts à coopérer s’ils se sentent traités équitablement. De telle manière, les individus doivent être capables de parler d’eux-mêmes en définissant les problèmes, les structures de mouvement et les solutions à proposer.

Par ailleurs, le concept de justice environnementale n’a rencontré que tardivement celui du développement durable, car lorsque le premier s’est intéressé aux problèmes locaux de l’équité sociale, le deuxième est resté dans sa vision globale où cet intéressement à l’équité est resté marginal. En effet, l’une des principales tensions entre ces deux concepts est une question d’échelle. Les revendications en matière de justice environnementale sont souvent lancées au niveau des collectivités locales, alors que les appels à la durabilité sont généralement plus stratégiques et concernent souvent des niveaux régionaux, nationaux ou internationaux. Néanmoins, malgré cette géographie différente des deux concepts, il existe une arène de compatibilité théorique, conceptuelle et pratique entre eux, le mariage des deux concepts a donné naissance à un nouveau paradigme de ‘Just sustainability‘ valorisant le principe de justice et d’équité sans minimiser son regard sur l’environnement. C’est une occasion de synergie entre les deux concepts où les forces de l’un compensent les faiblesses de l’autre.

La philosophie de développement durable qui est de répondre à nos besoins sans compromettre la capacité de nos descendants à répondre aux leurs n’invoque que rarement le concept de justice environnementale. Cette dernière saurait enrichir les enjeux associés au développement durable à condition que son triptyque soit satisfait. Puisque les générations futures n’ont pas de représentants dans le présent, c’est à leurs aînés de jouir de ce droit et devoir aussi pour estimer ce qui leur semble juste pour leurs descendants.

Sources : 1, 2, 3,4

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