Jeudi 26 Juillet 2018 à Adis-Abeba, les éthiopiens se sont réveillés sur le cadavre d’un quinquagénaire attaqué dans sa 4 x 4 par une balle dans sa tempe droite. Le mort n’était autre que Simegnew Bekele, Directeur du Projet Grand Barrage de Renaissance Éthiopienne GBRE, qui au lendemain de son interview avec la BBC sur le bon déroulement des travaux est devenu la quatrième personne en relation avec ce projet à avoir été tuée.

Situé sur le Nil bleu à la frontière avec le Soudan, le GBRE qui devait être le plus grand barrage hydroélectrique en Afrique avec ses 6000 MW de production (l’équivalent de 6 centrales nucléaires) et 79 Milliards de m3 de retenue, a toujours suscité la colère du Caire, qui selon les fuites de Wikileaks en 2012, préparait à l’époque de Moubarak une opération militaire avec le Soudan pour détruire l’édifice; son successeur Morsi qui a déclaré que toutes les options sont envisageables pour la sécurité hydrique Égyptienne a diffusé en direct en 2013 une réunion dans laquelle on propose des attaques contre l’Ethiopie et même de soutenir ses émeutes internes et d’alimenter les tensions avec ses voisins.

La colère de l’Egypte est expliquée par sa crainte d’épuiser sa seule source hydrique. Qualifiée par l’historien grec Hérodote comme le Don du Nil, l’Egypte doit son développement historique et économique à ce cours d’eau de 6700 km issu de la rencontre de deux affluents : Le Nil Blanc qui prend source au Lac Victoria (Ouganda, Kenya Tanzania), et Le Nil Bleu dont la naissance se fait au Lac Tana (Ethiopie) qui contribue avec plus de 80% au débit du Nil surtout en période des crues estivales avec en plus des sédiments limoneux noirs qui ont été derrière la fertilité des terres égyptiennes.

Dans les deux derniers siècles, l’Egypte était la seule puissance dominante sur le Nil; d’abord par l’occupation militaire du Soudan par le vice-roi Mohammed Ali Pasha au début du 19ième siècle et sa tentative de l’invasion de l’Ethiopie qui a vouée à l’échec, puis après sa colonisation par la Grande-Bretagne qui a forgé en 1902 le traité d’Addis Abeba dont le quel l’Ethiopie s’engage à ne construire ni à autoriser des aménagements au Lac Tana, et un autre en 1929 avec le gouvernement égyptien et par intérim du Kenya-Tanzanie-Ouganda (colonies) donnant à l’Egypte un droit de Veto pour s’opposer à tout projet sur le Nil sans son accord, en lui offrant une dotation annuelle de 48 Milliards de m3  contre 4 Milliards pour le Soudan, pour qu’il soit amendé en 1959 après les oppositions soudanaises et passer ces dotations à 55,5 Milliards de m3 pour l’Egypte et 18,5 Milliards m3 pour la Soudan, soit des droits d’utilisation absolues de toutes les eaux du Nil.

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Cette situation qui a fait profiter presque exclusivement le Caire à développer son infrastructure hydraulique (dont le fameux Haut Barrage d’Asouan) contrairement au pays de l’amont à qui elle s’oppose via son Veto, a suscité la colère des pays de l’amont qui affirment que ces traités sont des reliques coloniales qui suppriment leurs intérêts.

Sous l’effet des sécheresses successives et après la fin des guerres civiles, les pays de l’amont ont su que leur développement ne peut exister sans une agriculture irriguée et sans production d’énergie. Et ont signé en 2010 à Entebbe en Ouganada l’Accord-cadre sur la coopération dans le bassin du fleuve du Nil en vertu duquel il est créée la Commission du Bassin du Nil qui prend ces décision à la majorité et non l’unanimité, mécanisme avec lequel il peuvent dépasser les avis des 2 pays aval, un accord que ces deux derniers n’ont pas accepté, puisqu’il suppriment leurs droits « historiques »

Pour mener sa croissance économique, l’Ethiopie mise sur le Nil pour desservir les 70% de sa population qui non pas encore accès à l’électricité, et le Grand Barrage de Renaissance est devenu le rêve commun du peuple Éthiopien. L’idée a commencé quand le Bureau des Affaires Agricoles du Département Américain des Affaires Etrangères a fait des études topographiques en 1964 au long du Nil Bleu et proposé 26 sites potentiels pour la construction de barrages. En en 2001, l’Ethiopie a exprimé sa volonté de la construction du GBRE, et implanté ses travaux en 2011 après la facilité qui s’est offerte par  l’Accord-Cadre de Entebbe en 2010.

A suivre dans une deuxième partie.

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